On connaît la 1664 de Kronenbourg, la 1864 de Guinness est par contre très mystérieuse et interroge les chercheurs.

Une découverte insolite qui fait mousser les esprits

C’est une trouvaille qui aurait pu finir au musée des objets insolites… si elle n’avait pas un goût (littéral) d’Histoire. Un plongeur anonyme, explorant les fonds marins de la Manche près des côtes normandes, a remonté à la surface une bouteille de Guinness vieillie de 162 ans. Oui, vous avez bien lu : 1864, l’année où Abraham Lincoln était réélu président des États-Unis et où Paris s’offrait ses premiers grands boulevards sous Haussmann.

La bouteille, intacte malgré les siècles passés sous l’eau, porte encore l’étiquette estampillée de la célèbre brasserie irlandaise. Les premiers examens suggèrent qu’elle aurait appartenu à un cargo transportant des marchandises entre l’Irlande et l’Angleterre, peut-être victime d’un naufrage ou d’un jet à la mer un peu trop enthousiaste.

Pourquoi les chercheurs s’intéressent-ils à cette vieille mousse ?

Au-delà de l’anecdote savoureuse, cette découverte intéresse au plus haut point les historiens, les archéologues… et les brasseurs. Voici pourquoi :
– Un témoignage de l’Histoire industrielle :
À l’époque, la Guinness était déjà exportée massivement, mais les méthodes de conservation et les recettes différaient. Analyser le contenu (si la bouteille est toujours scellée) pourrait révéler des secrets sur la fabrication de la bière au XIXᵉ siècle.

– Un indice sur les routes commerciales :
La Manche était une autoroute maritime. Retracer le parcours de cette bouteille pourrait éclairer les échanges entre les îles britanniques et le continent.

– Le mystère de la conservation :
Comment une bouteille en verre a-t-elle résisté aussi longtemps à la pression, au sel et aux courants ? Les matériaux utilisés à l’époque pourraient inspirer des innovations modernes.

Et maintenant ? Direction le labo !

La bouteille a été confiée à une équipe de chercheurs de l’Université de Caen, en collaboration avec des experts de la brasserie Guinness. Les premières étapes ?
1. Vérifier l’authenticité : Pas question de se faire avoir par un canular. Les analyses du verre, de l’étiquette et du bouchon (en liège, probablement) seront cruciales.
2. Évaluer l’état du contenu : Si la bière est toujours là, les scientifiques tenteront de l’extraire sans l’altérer pour l’analyser. Sinon, les résidus pourraient déjà en dire long.
3. Reconstituer son histoire : Grâce aux archives de Guinness et aux registres maritimes, les chercheurs espèrent identifier le navire et les circonstances de son arrivée dans l’eau.

Un peu de rêve : et si on la goûtait ?

La question qui brûle les lèvres (et les papilles) : cette Guinness a-t-elle encore un goût ?
Les puristes s’accordent à dire que même bien conservée, une bière aussi ancienne aurait probablement développé des arômes… particuliers. Entre le goût de moisi, de sel marin et peut-être une pointe de liège, ce ne serait pas le pint le plus rafraîchissant. Mais pour la science, tous les sacrifices valent le coup !

La Manche, un musée à ciel ouvert

Cette découverte rappelle que les fonds marins regorgent de trésors insoupçonnés. En 2020, c’était une cargaison de vin romain qui était remontée près de la Bretagne. En 2018, un canon du XVIIᵉ siècle avait été repêché au large du Havre. La Manche, avec ses courants et son histoire mouvementée, est un véritable livre ouvert sur notre passé.
Alors, la prochaine fois que vous siroterez une Guinness bien fraîche, souvenez-vous : quelque part sous la mer, une autre attend peut-être son heure de gloire… 162 ans plus tard.