Si vous demandez à un amateur de bière belge de citer une brasserie du Hainaut, il y a de bonnes chances qu’il vous réponde « Caulier » avant même d’avoir fini sa gorgée. Installée à Péruwelz, tout près de la frontière française, cette entreprise familiale a réussi le pari, pas si évident, de rester fidèle à ses racines tout en se modernisant à toute vitesse. Retour sur une histoire qui commence avec une charrette et qui se poursuit aujourd’hui avec un plan d’investissement à plusieurs millions d’euros.
Une histoire qui débute avec une charrette à bras
Tout commence en 1933. Charles Caulier, ancien ouvrier mineur, décide de tout plaquer pour se lancer dans la revente de bière à Bonsecours, un petit village du sud de la Belgique où il s’installe comme revendeur. À l’époque, on ne parle pas encore de bières artisanales ou de gammes premium : seule la bière de table fait vraiment recette, et les tournées de livraison se font à la force des bras, littéralement.
L’activité passe ensuite de génération en génération. C’est finalement au tournant des années 1990 que le virage décisif s’opère : Roger et Linda Caulier décident de commercialiser leur propre bière, une blonde de haute fermentation fabriquée à façon. La Bon Secours, du nom du village d’origine de la famille, vient de naître. La philosophie est posée dès le départ et ne bougera plus : des bières non filtrées, non pasteurisées et refermentées en bouteille, façon à l’ancienne.
L’histoire n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. En 2007, la brasserie connaît un coup dur avec une faillite, avant que les fils de Roger ne relancent l’aventure familiale dès le début 2008 sous le nom de Brasserie et Distillerie Caulier. Une résilience qui, avec le recul, annonçait déjà la suite.
Le grand chantier de la modernisation
Depuis, Caulier n’a plus vraiment lâché l’accélérateur. En 2012, la relève familiale s’installe officiellement : Laurent, Bertrand et Vincent rejoignent leurs parents dans l’aventure, avec l’ambition commune de faire redécouvrir des bières de caractère au plus grand nombre. Deux ans plus tard, la brasserie muscle sérieusement son jeu avec le lancement de nouvelles références et surtout le coup d’envoi, à partir de 2018, d’un vaste programme pluriannuel d’investissements visant carrément à tripler sa capacité de production. Au menu : l’agrandissement de la salle de brassage historique, l’ajout de nouveaux tanks de fermentation et de garde, ainsi que la modernisation de la ligne de soutirage.
La crise du Covid, qui aurait pu tout arrêter, a paradoxalement accéléré le mouvement. La famille a profité de cette période compliquée pour racheter les parts des actionnaires externes et reprendre 100 % du capital, tout en construisant une brasserie neuve et moderne prête pour l’après-crise. Résultat : l’entreprise a doublé de taille pendant cette période charnière. Aujourd’hui, on est loin de la petite structure familiale d’il y a trente ans : la brasserie emploie désormais près de 90 personnes et distribue ses bières en Belgique, en France et aux Pays-Bas, portée par un plan d’investissement de l’ordre de 25 millions d’euros étalé sur cinq ans.
Stuut, la gamme qui bouscule les codes
Dans ce mouvement de modernisation, Caulier n’a pas seulement retapé ses cuves : la brasserie a aussi élargi sa palette de saveurs. C’est en 2017 que naît la gamme Stuut, imaginée par les maîtres brasseurs Elisabeth et Guillaume comme une collection de brassins éphémères, renouvelés au fil des saisons. L’idée : s’adresser à une clientèle différente de celle des bières historiques, plus curieuse, en quête de nouveautés et de styles plus contemporains, sans pour autant renier le savoir-faire traditionnel de la maison.
La Bon Secours Blonde, ou l’histoire qui boucle la boucle
Et puisqu’on parle de nouveautés, il fallait bien évidemment évoquer la toute dernière-née, sortie ce printemps : la Bon Secours Blonde. Le lancement, en juin 2026, n’a rien d’un hasard de calendrier : il coïncide avec les 30 ans de la brasserie, et l’histoire de cette bière est particulièrement savoureuse. En 1996, au moment même où Linda et Roger Caulier lançaient la gamme Bon Secours, ils avaient déjà mis au point plusieurs recettes, dont une blonde qui n’avait finalement pas été retenue, jugée à l’époque inadaptée aux standards du moment. Trente ans plus tard, c’est justement cette recette qui ressort des tiroirs pour devenir le nouveau porte-étendard de la gamme.
Titrant 6,5 %, la Bon Secours Blonde se veut moderne, équilibrée et accessible, avec des notes céréalières et d’agrumes et une légère amertume en fin de bouche. Son arrivée s’accompagne d’une vraie remise à plat de toute la gamme historique, désormais recentrée autour de trois références : la Blonde donc, la Bon Secours Triple (l’ex-Prestige) et la Bon Secours de Noël, le tout sous une nouvelle identité graphique et une nouvelle signature maison, plus vintage. Pour fêter l’événement, la brasserie avait exceptionnellement ouvert sa taverne historique le 30 mai dernier.
Bien plus qu’une brasserie : tourisme, gastronomie et convivialité
Ce qui frappe, quand on s’intéresse d’un peu plus près à Caulier, c’est à quel point la brasserie a su transformer son savoir-faire en véritable expérience à vivre. Toute l’année, elle propose des visites guidées le samedi, où l’on découvre l’histoire de la maison et les secrets du brassage en parcourant les anciennes et nouvelles salles de production. Pour les plus motivés, des ateliers de brassage encadrés par un ingénieur brasseur permettent carrément de repartir avec sa propre bière. Et pour les envies d’évasion complète, une Guest House installée dans l’ancienne maison des fondateurs permet même de dormir sur place.
La brasserie multiplie par ailleurs les rendez-vous plus ponctuels : pop-up stores à Paris et à Lille, Tables houblonnées l’été, Stuut Tour, ou encore la toute première édition de « Une nuit à la brasserie », organisée fin février 2026, qui proposait une découverte nocturne et immersive du site, ponctuée d’une dégustation et d’une raclette affinée à la Paix-Dieu dans la fameuse Taverne, le lieu convivial où déjeunent chaque jour les équipes.
Côté gastronomie, la maison a franchi un cap supplémentaire en novembre 2025 avec l’ouverture de l’Atlas, un restaurant installé à Bon-Secours, le village qui a vu naître la brasserie. Un retour aux sources symbolique, puisque les parents de l’actuel directeur Vincent Caulier y avaient eux-mêmes tenu une taverne par le passé. Propriétaire des murs, la brasserie a confié l’exploitation du lieu à un duo de professionnels reconnus dans la région : le sommelier Bastien Barbaix et le chef Logan Renders, également à la tête du restaurant tournaisien la Tour Blanche, habitué des pages du Gault & Millau. À la carte, toutes les gammes maison, Paix Dieu, Bon Secours, Stuut, accompagnées de quelques exclusivités, travaillées en accords mets-bières par le sommelier.
Trois générations, une même passion
De la charrette à bras de Charles Caulier aux cuves flambant neuves de Péruwelz, en passant par un restaurant gastronomique et des nuitées dans la maison familiale, la Brasserie Caulier a clairement dépassé le simple statut de brasserie régionale. Elle est devenue une véritable destination, où l’on vient autant pour la bière que pour l’histoire et la convivialité qui vont avec. À l’heure de son 30e anniversaire officiel, la maison prouve qu’on peut parfaitement conjuguer tradition familiale et ambition industrielle, sans jamais sacrifier ce qui fait, depuis 1933, tout son ADN.

Paix Dieu, la bière qui a fait toucher la lune
Impossible de parler de Caulier sans s’arrêter sur sa bière la plus emblématique : la Paix Dieu. Son nom, elle le tient d’une ancienne abbaye cistercienne fondée au XIIIe siècle à Amay, entre Namur et Liège, où les sœurs brassaient jadis en suivant scrupuleusement le calendrier lunaire. Une tradition tombée en désuétude que la Brasserie Caulier a choisi de faire revivre à partir de 2010 : depuis, la Paix Dieu n’est plus brassée qu’une seule fois par mois, et uniquement les nuits de pleine lune. Un rituel qui ne pouvait tenir face au succès, mais qui n’entâche en rien sa recette inchangée et toujours autant appréciée.
Cette Triple d’abbaye, dorée et onctueuse, titre à 10 % d’alcool et se déguste dans un verre bien à elle : rond comme l’astre qui lui donne son rythme, et taillé en biseau pour en révéler tous les arômes. Un objet devenu culte à lui seul auprès des collectionneurs. Le succès, lui, ne s’est jamais démenti : la Paix Dieu s’est imposée comme LA référence de la maison, portée par un solide réseau de bars et restaurants « ambassadeurs » qui compte aujourd’hui plus de 2 700 établissements en France et au Benelux.
Fort de cette popularité, Caulier a décidé de donner une petite sœur à sa bière totem. Lancée officiellement fin octobre 2024 devant plus de 1 200 ambassadeurs réunis à Péruwelz, la Paix Dieu Nova joue la carte de la légèreté avec ses 6 %, pensés pour répondre à la demande croissante d’une clientèle en quête de bières plus digestes sans renoncer au caractère de la marque. Robe dorée légèrement trouble, mousse généreuse, nez épicé et fruité, finale fraîche et citronnée : la recette a demandé pas moins de 23 brassins tests avant validation, un vrai défi en interne. D’abord réservée à la pression chez les ambassadeurs, elle est désormais aussi disponible en bouteille de 33 cl. Un lancement qui s’est accompagné d’une véritable tournée événementielle, avec notamment les Maisons Paix Dieu éphémères de Lille et de Paris, où des dizaines de milliers de visiteurs sont venus découvrir l’univers de la marque. Preuve, s’il en fallait une, que la lune continue de porter chance à la Brasserie Caulier.
La brasserie Caulier en images
- L’Atlas, la table de la brasserie Caulier
- Un bel orgue à pression
- La Bon Secours à la pression
- Cela donne envie d’en gouter non ?
- Un vrai boulet de liège à la Triple Bon Secours
- Les deux Bon Secours
- Des caisses bois prêtes à partir chez les distributeurs
- Fait pour durer
- La nouvelle salle de brassage
- Cuve moderne
- Les cuves de fermentation
- Place à la mise en bouteille
- Place à la mise en bouteille
- Des caisses bois prêtes à partir chez les distributeurs

















