Il y a des ventes aux enchères qui font vibrer le petit monde des amateurs de spiritueux, et celle-là s’annonce déjà historique. Le 9 octobre prochain, Sotheby’s organisera pour la première fois de son histoire une vente directement sur le domaine de The Macallan, au Speyside, en Écosse. Baptisée Live from The Macallan Estate, cette vacation exceptionnelle va réunir des bouteilles rares et convoitées, à commencer par une pièce absolument mythique : The Macallan 1926.

Le Graal des collectionneurs de whisky

Si vous ne connaissez rien au whisky de collection, il faut savoir une chose : The Macallan 1926 est devenu, au fil des années, la référence ultime du secteur. Une sorte d’étalon-or (ou plutôt étalon-ambre) auquel tout le reste se compare.

L’histoire commence en 1986, quand 40 bouteilles seulement sont tirées d’un unique fût de chêne ayant contenu du sherry, le fameux fût n°263. Elles affichent alors 60 ans d’âge, le vintage le plus ancien jamais embouteillé par la marque. Sur ces 40 exemplaires, une quatorzaine arborent l’étiquette « Fine and Rare », douze sont habillées par l’artiste britannique Sir Peter Blake, douze autres par l’Italien Valerio Adami, et deux sont restées vierges, l’une d’elles sera plus tard peinte à la main par l’artiste irlandais Michael Dillon.

La bouteille mise en vente par Sotheby’s est justement l’une de ces 14 « Fine and Rare », lancées en 2002. Et son estimation donne le tournis : entre 1,7 et 2,2 millions de livres sterling. De quoi, potentiellement, rivaliser avec le record absolu du secteur, établi en 2023 chez Sotheby’s à Londres avec une autre bouteille de 1926, la version Adami, adjugée 2,2 millions de livres (environ 2,7 millions de dollars).

Macallan romantica collection

Macallan romantica collection

Pourquoi ce lieu, pourquoi ce moment

Cette vente n’a rien d’anodin dans son timing : elle célèbre le centenaire de la distillation du cask n°263, l’histoire remontant à 1926, l’année où le précieux liquide a commencé sa très longue maturation. Et le choix du lieu est tout aussi symbolique : c’est la toute première fois qu’une maison de ventes organise des enchères directement sur le domaine de 485 hectares où tout a commencé, il y a plus de deux siècles.

Jonny Fowle, responsable mondial des spiritueux chez Sotheby’s, ne cache pas son enthousiasme, évoquant une bouteille révérée non seulement pour sa rareté mais pour l’histoire extraordinaire qu’elle incarne, et un rendez-vous marquant pour tout le monde de la collection de whisky. Du côté de The Macallan, le directeur de création Jaume Ferras insiste lui aussi sur la dimension symbolique du retour aux sources, sur ce domaine où le whisky de la marque est fabriqué, vieilli et façonné depuis des générations.

Petit clin d’œil au passage à l’histoire familiale derrière ce fameux fût : c’est Janet « Nettie » Harbinson, petite-fille du fondateur Alexander Reid, qui a repris la distillerie après la mort soudaine de son mari en 1918, et qui a supervisé l’extension des chais dans les années 1920-1930. C’est sous sa direction que le cask 263 a été mis en fût. Il faudra attendre 1986 pour que son petit-neveu, Allan Shiach, alors président de la maison, décide d’en tirer les fameuses 40 bouteilles. Les douze premières, vendues à l’époque, l’étaient à 5 000 livres pièce, un prix qui, pour l’époque, avait fait l’effet d’une bombe et positionné pour la première fois le whisky comme un objet de luxe à part entière.

Macallan six pillars collection

Macallan six pillars collection

Un plateau de folie autour de la star de la vente

Mais la 1926 n’est pas seule à l’affiche. La vente comptera plus de 40 lots au total, pour une estimation globale avoisinant 2,3 millions de livres. Parmi les pièces marquantes :

La collection Romantica, présentée en édition spéciale pour l’occasion (estimée entre 60 000 et 100 000 livres) : trois flacons réunissant les œuvres de Peter Blake, Valerio Adami et Michael Dillon, titrés à 42,6 % pour coller au degré de la 1926, accompagnés d’un meuble en chêne renfermant des archives inédites des artistes (lettres, esquisses, matériel d’atelier).

The Reach, 81 ans d’âge (estimé 90 000-140 000 livres), distillé en 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale, juste avant que la distillerie ne soit contrainte de fermer temporairement. Le flacon en verre soufflé repose sur une sculpture en bronze représentant trois mains, et son coffret est réalisé dans le bois d’un orme tombé sur le domaine.

La collection Six Pillars, en partenariat avec Lalique (estimée 260 000-350 000 livres pour le set complet) : six carafes en cristal abritant des whiskies de 50 à 65 ans d’âge, produites entre 2005 et 2016.

The Macallan in Lalique, Golden Age of Travel, Ocean Liner (estimé 30 000-60 000 livres), un millésime 1937 jamais proposé auparavant par la maison.

Sans oublier plusieurs flacons historiques emblématiques : Macallan 18 ans, Macallan 25 ans Anniversary Malt, et diverses pièces de la collection Fine & Rare.

Macallan 40 ans, 81 ans et Lallique

Macallan 40 ans, 81 ans et Lallique

Rendez-vous le 9 octobre

Pour les passionnés, cette vente promet un moment rare : voir converger, sur le lieu même où tout a commencé, près d’un siècle d’histoire du single malt écossais le plus collectionné au monde. Reste à savoir si la 1926 battra son propre record, réponse le 9 octobre, dans le Speyside.