Depuis 1956, La Maison du Whisky a pris l’habitude de fouiller le monde entier pour dénicher les flacons qui comptent. Cette année, l’enseigne pousse le concept un cran plus loin : plutôt qu’un simple catalogue saisonnier, elle propose Les Anthologistes, un véritable ouvrage relié qui raconte l’histoire derrière chacune des quelque 190 références de sa Collection Créations 2027.

L’idée, empruntée au vocabulaire de la haute joaillerie, tient en une phrase : chaque bouteille n’est pas choisie pour sa seule rareté, mais pour ce qu’elle représente, un terroir, une rencontre, un savoir-faire, une époque. Le président de la maison, Thierry Bénitah, résume l’ambition en expliquant que la sélection vise à marquer l’histoire du lecteur comme elle a marqué celle des spiritueux.

Six illustrateurs, six chapitres

Ce qui distingue vraiment cette édition, c’est son parti pris graphique. Chacun des six chapitres — Whisky, Whisky & spiritueux français, Rhum, Saké, Coffrets cadeaux, Collectors — a été confié à un illustrateur différent, chargé d’interpréter son univers avec son propre langage visuel. Jean Dalin compose une fresque foisonnante qui va des États-Unis à la Tasmanie ; Sébastien Plassard imagine une France du spiritueux aux couleurs pastel ; Clément Thoby dessine au crayon une carte postale des îles à rhum ; Takashi Nakamura retrace au stylo l’histoire du saké ; Maguelone Du Fou croque l’écosystème des boutiques de la maison, de Paris à Singapour ; et Louise de Crozals referme le tout avec une vision quasi cinématographique du Golden Promise Whisky Bar.

Des pièces qui sortent de l’ordinaire

Côté flacons, la collection ne manque pas de moments forts. La gamme Artist s’offre une étape symbolique en réunissant pour la première fois les distilleries japonaises Yoichi et Miyagikyo, avec deux single casks distillés en 1986, les plus vieux jamais dévoilés par ces maisons, habillés d’étiquettes signées par le photographe Yoshiki Hase.

Gordon & MacPhail, partenaire de la maison depuis un demi-siècle, propose une véritable rétrospective en sept embouteillages, dont certains reprennent d’anciennes étiquettes aujourd’hui disparues. Chichibu, de son côté, multiplie les hommages : une édition Paris 2026 dédiée à Claude Monet pour le centenaire de sa disparition, et une série de single casks ornés des créations du designer japonais Kazumasa Nagai, disparu en février dernier, l’une des dernières traces publiques de son travail.

Parmi les autres pièces qui se distinguent : un Arran 26 ans en fût de sherry, un Cognac Ferrand 1972 réunissant pour la première fois dix-sept maisons cognaçaises sous le nom Cognac Syndicate, ou encore un Hampden jamaïcain vieilli en fûts de cognac sous climat tropical, une collection de huit single casks aux étiquettes ornées de papillons endémiques de l’île.
Le rhum n’est décidément pas en reste, avec l’arrivée pour la première fois de la distillerie martiniquaise Neisson dans la gamme Artist, dont les étiquettes ont été confiées à l’artiste Gribouilliz et son bestiaire fantastique inspiré de la faune antillaise.

Un livre, pas juste un catalogue

L’ouvrage lui-même, vendu 20 euros, est disponible sur whisky.fr ainsi qu’au Monocle Café Paris, et existe aussi en version digitale. Une façon, pour La Maison du Whisky, de transformer un exercice habituellement commercial en objet à part entière, quelque chose qu’on garde sur une étagère plutôt qu’on jette après la saison des fêtes.