Le Syndicat National des Brasseries Indépendantes (SNBi) a tiré la sonnette d’alarme ce 18 février dans une lettre ouverte adressée au gouvernement. Le message est clair : sans coup de pouce de l’État, des centaines de brasseries artisanales pourraient mettre la clé sous la porte dans les mois à venir.

On avait pourtant cru au miracle. Il y a quelques années encore, la bière craft était sur toutes les lèvres — et dans tous les verres. En 2019, une nouvelle brasserie artisanale ouvrait ses portes chaque jour en France, propulsant le pays au rang de premier pays européen par le nombre de brasseries. Un dynamisme qui semblait inarrêtable. Sauf qu’entre-temps, la réalité économique a rattrapé tout le monde.

Crise sanitaire, flambée des prix de l’énergie, explosion du coût du verre (jusqu’à +60 % sur les bouteilles), inflation généralisée… Les coups durs se sont accumulés à une vitesse que beaucoup de petites structures n’ont pas pu encaisser. Résultat ? Plus de 500 brasseries ont déjà fermé ces deux dernières années, emportant avec elles environ 1 000 emplois directs.

Des chiffres qui font froid dans le dos

Fin 2023, le SNBi avait interrogé ses membres pour prendre la mesure des dégâts. Les réponses n’avaient pas de quoi réjouir : 67 % des brasseries déclaraient des difficultés financières, 60 % se disaient inquiètes pour leur avenir à court terme, et 10 % envisageaient carrément de fermer boutique en 2024. Et depuis, la situation n’a fait qu’empirer. La baisse du pouvoir d’achat des consommateurs se fait sentir directement dans les ventes, et les brasseurs voient leurs clients se tourner vers des bières moins chères, souvent industrielles.

Que demande le SNBi ?

Le syndicat, qui représente quelque 2 400 brasseries et compte 800 adhérents actifs, ne vient pas les mains vides. Il propose notamment la création d’un dispositif similaire aux PGE (Prêts Garantis par l’État) mis en place pendant le Covid — mais cette fois spécifiquement taillé pour les petites brasseries, c’est-à-dire celles produisant moins de 200 000 hectolitres par an. L’idée : leur offrir un filet de sécurité pour passer ce cap difficile sans disparaître.

Le message est simple : la bière artisanale n’est pas qu’un business, c’est un patrimoine culturel et territorial. Ces brasseries font vivre des territoires, emploient des gens, font rayonner un savoir-faire local. Les laisser couler — si on peut se permettre le jeu de mots — serait une perte bien au-delà du seul secteur économique.

Reste à savoir si le gouvernement, occupé à jongler avec mille autres urgences, entendra l’appel. Le secteur retient son souffle. Et sa bière attend le retour des consommateurs…