Et si l’on dégustait une bière brassée il y a plus de deux millénaires ? C’est désormais une réalité pour les archéologues chinois, qui viennent de mettre au jour les vestiges d’une brasserie antique dans la province du Shaanxi, au cœur de la Chine. Lors de fouilles menées sur un site daté de la dynastie Qin (221–206 av. J.-C.), une équipe de chercheurs a exhumé des jarres scellées contenant les résidus d’une boisson fermentée : la plus ancienne bière chinoise jamais identifiée.

Les analyses chimiques, publiées dans le Journal of Archaeological Science: Reports, révèlent une recette surprenante, mêlant orge, millet, riz et même des traces de plantes aromatiques locales. Une découverte qui bouleverse notre compréhension des pratiques brassicoles en Asie de l’Est.

Une recette qui défie le temps

Contrairement aux bières modernes, cette boisson antique était probablement trouble, peu gazeuse et dotée d’une saveur acidulée, selon les experts. Les résidus organiques prélevés dans les jarres montrent que les brasseurs de l’époque utilisaient des ferments naturels, comme des moisissures ou des levures sauvages, pour déclencher la fermentation.

« Cette découverte prouve que les Chinois de l’époque Qin maîtrisaient déjà des techniques de brassage sophistiquées, bien avant que la bière ne devienne un symbole de convivialité en Europe », explique Li Liu, professeur d’archéologie à l’Université de Stanford et co-auteur de l’étude.

Les fouilles ont également révélé des outils en bronze spécialement conçus pour le brassage, ainsi que des inscriptions sur des tablettes de bambou décrivant des rituels liés à la consommation de cette boisson. Preuve que la bière n’était pas qu’une simple boisson, mais aussi un élément culturel et spirituel.

Une découverte essentielle dans l’histoire brassicole

Cette découverte est exceptionnelle à plusieurs titres. Tout d’abord il s’agit désormais des premières traces de bière en Chine. Jusqu’à présent, les plus anciennes preuves de brassage en Chine dataient de la dynastie Han (206 av. J.-C.-  220 ap. J.-C.). Cette découverte repousse les origines de plusieurs siècles. Ensuite il s’agit d’une recette hybride. Contrairement aux bières européennes à base d’orge, cette version chinoise intégrait des céréales locales comme le millet, montrant une adaptation ingénieuse aux ressources disponibles. Enfin, c’est un véritable éclairage sur la vie quotidienne. Les jarres ont été retrouvées près d’un ancien palais, suggérant que la bière était réservée à l’élite ou utilisée lors de cérémonies officielles.

Et si on la goûtait ?

Certes les scientifiques ne comptent pas (encore) recréer cette bière pour le grand public. Cependant, des brasseurs artisanaux se sont déjà emparés de l’idée. « Ce serait un défi passionnant de reconstituer cette recette avec des ingrédients et des méthodes traditionnelles », a évoqué Jia Jing, un maître brasseur de Pékin.

En attendant, cette découverte rappelle que l’histoire de la bière est bien plus ancienne et diversifiée qu’on ne le pensait. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour, nous pourrons lever notre verre… à la santé des brasseurs de l’Empire Qin.

Toutes les infos de cette découverte à retrouver dans le Journal of Archaeological Science: Reports / Université de Stanford

Illustration : Journal of Archaeological Science: Reports (2026).