Fondée par un ancien du scotch et sa femme française, la distillerie Pōkeno est aujourd’hui disponible chez les cavistes français avec six cuvées, dont une édition « Seigneur des Anneaux » qui fera parler les fans.
Quand on pense whisky, l’esprit file vers l’Écosse, l’Irlande, le Japon ou le Kentucky. Il va falloir ajouter la Nouvelle-Zélande à la liste. Depuis le 1er octobre, Terroirs Distillers Artisanal Brands (TDAB) distribue en France les single malts de Pōkeno, une distillerie familiale et indépendante installée sur l’île du Nord. Six références sont au programme, de 49,99 à 114,90 euros.
Un couple, un coup de foudre et un pari un peu fou
L’histoire commence par un voyage. Matt Johns, Anglais originaire de Loughborough, et son épouse Céline, Française, vivent depuis 25 ans du côté du bassin d’Arcachon quand ils découvrent la Nouvelle-Zélande. Ils tombent amoureux du pays au point de s’y installer, vers 2012. Ce qui devait être une escapade est devenu un projet de vie.
Matt n’est pas un novice. Sa carrière dans le whisky débute en 1999, et on le retrouve dans deux maisons écossaises bien connues des amateurs : Tullibardine et Glenmorangie. En presque trois décennies dans le métier, essentiellement en Écosse, il a le temps de tout apprendre. En arrivant en Nouvelle-Zélande, il fait pourtant un constat surprenant : aucune distillerie ne produit alors de single malt à grande échelle.

Le couple y voit une opportunité. Décision est prise de créer une distillerie, artisanale mais moderne. En 2017, Matt et Céline fondent officiellement Pōkeno, dans une vallée verdoyante de l’île du Nord. L’outil est efficace car la maison n’a pas les moyens de compter de nombreux employés. Le brassage automatisé à 100%, la distillation tourne avec 1 seule personne. Le premier batch sort en 2018.
Un whisky vraiment néo-zélandais
Matt le dit lui-même : c’est « absolument un projet de passion ». L’ambition est claire : faire de vrais whiskies néo-zélandais, avec des ingrédients du coin. L’eau vient de sources des collines volcaniques qui entourent la distillerie. L’orge est cultivée en Nouvelle-Zélande. Le bois est travaillé sur place. Pōkeno est la seule distillerie du pays à disposer de son propre tonnelier, et elle n’utilise que des fûts de premier remplissage (des ex jack Daniels et des ex Sherry de chez Miguel Martin). Elle expérimente aussi des bois indigènes comme le tōtara. Enfin le miel de mānuka, emblème des produits néo-zélandais, intervient dans certaines cuvées via d’anciens fûts ayant contenu le fameux miel.
Côté méthode, on retient une fermentation de 90 heures et une distillation particulièrement lente, pour un profil doux et fruité. Le climat subtropical de l’île du Nord fait le reste : il accélère la maturation et le développement des arômes. De la distillation à la mise en bouteille, tout se fait sur place.
Aujourd’hui Pōkeno est sans doute la plus grande distillerie de single malt du pays, et se distingue par son tonnelier maison et par sa maîtrise de toute la chaîne à partir du brassage.

Les six cuvées disponibles en France
Pōkeno Origin (43 %, 49,99 euros) : l’entrée de gamme, entièrement vieillie en fûts de bourbon de premier remplissage. Nous avons pu déguster ce single malt en compagnie de Matt de passage en France. On a apprécié ce whisky avec ses notes de vanille, de caramel au beurre salé et ses touches de fruits exotiques. C’est simple mais particulièrement efficace. Pour se faire plaisir pur ou en highball, ou tout autre bon cocktail qui laisse le whisky s’exprimer (Manhattan, Old Fashionned…)
Pōkeno Discovery (43 %, 56,99 euros) : un assemblage de whiskies maturés en bourbon, sherry Oloroso et sherry Pedro Ximénez. Nous n’avons pas eu l’opportunité de déguster cette cuvée, mais les notes de dégustation de la distillerie sont les suivantes: « un whisky gourmand et complexe, aux notes de forêt-noire, de cannelle, de cerise mûre et d’agrumes doux, prolongées par une finale douce et particulièrement longue ». Distribution en exclusivité en France chez Maison Nicolas.
Pōkeno Alchemy (46 %, 69,90 euros) : des whiskies maturés dans six types de fûts (sherry PX, chêne américain neuf, porto ruby et tawny…). Ici après dégustation nous dirons que cela envoie du fruit rouge, de la touche oxydative, des notes de cacao et de cannelle. De notre point de vue cette petite extravagance ôte du coup un peu trop l’ADN de Pōkeno, mais c’est bien fait et devrait plaire aux amateurs du style.
Pōkeno Winter Malt (48 %, 89,90 euros) : un assemblage de malts spéciaux (chocolate malt, toffee malt et mānuka smoked malt). Ici nous n’avons pas pu déguster ce whisky, en voici donc les notes de dégustation de la distillerie: « Moka, chocolat noir, vanille et caramel précèdent une finale marquée par une douce fumée miellée ». On est bien tentés…
Pōkeno Totara Cask (46 %, 114,90 euros) : la cuvée la plus emblématique du travail sur le bois, présentée comme le premier single malt au monde vieilli dans des fûts fabriqués en Nouvelle-Zélande à partir de bois indigènes. Le Totara est un conifère endémique de la Nouvelle Zélande et plus particulièrement présent dans l’ile du nord. Nous avons particulièrement apprécié cette cuvée qui offre de très jolies notes fruitées, un bon kick de noix de coco en milieu de bouche et une finale sur une délicate amertume autour du lime et du cacao pour la fraicheur.
Pōkeno Seigneur des Anneaux (46 %, 109,90 euros) : la star médiatique de la gamme.

L’édition « Seigneur des Anneaux », le gros coup de Pōkeno.
C’est la cuvée qui fera le plus de bruit. Cette édition célèbre les 25 ans de la sortie du premier film de la trilogie, tournée en Nouvelle-Zélande sous la direction de Peter Jackson. Difficile de trouver un meilleur ancrage local pour un whisky du bout du monde.
Nous avons eu la chance de pouvoir le déguster en compagnie de Matt. Il s’agit d’un whisky vieilli dans quatre types de fûts : chêne américain neuf, Muscat, bourbon de premier remplissage et fûts ayant contenu du miel de mānuka. Le profil est bien complexe, il mêle notes miellées, poire pochée à la vanille, céréales et une finale longue soutenue par des touches épicées. Au delà du marketing il y a un vrai beau whisky !
Pour les fans du Seigneur des Anneaux, ajoutons que la distillerie a signé un contrat de licence qui ne se limite pas à ce premier film mais couvre aussi les suivants. Autrement dit, ce n’est sans doute que le début, et les amateurs de collection (et de Terre du Milieu) peuvent s’attendre à d’autres bouteilles, que nous espérons de notre part aussi savoureuses.



