Dans un rebondissement aussi inattendu qu’un accord de sitar dans une chanson des Beatles, Yoko Ono a décidé de s’attaquer à une brasserie bretonne, L’Imprimerie, basée à Bannalec. Le crime ? Avoir osé baptiser une de ses bières John Lemon, un jeu de mots aussi subtil qu’un coup de cymbale de Ringo Starr, et qui s’inspire un peu trop (selon l’artiste) de l’image et de l’héritage de son défunt mari, John Lennon.
« Give Beer a Chance » : la brasserie bretonne dans le collimateur
L’Imprimerie, une microbrasserie finistérienne réputée pour ses créations audacieuses (et ses noms tout aussi inventifs), a sortie il y a quelques mois une bière blonde aux notes citronnées, John Lemon. Le clin d’œil à l’icône des Beatles était évident : l’étiquette représente un dessin d’une tête très proche de celle de Lennon, lunettes rondes incluses et en rondelles de citron, et le slogan « Get Bock » achève de planter le décor.
Mais pour Yoko Ono, 91 ans, la plaisanterie a un goût amer. Dans une lettre envoyée aux avocats de la brasserie, l’artiste exige l’arrêt immédiat de la commercialisation de la bière, arguant que celle-ci exploite sans autorisation l’image, le nom et l’identité de John Lennon, violant ainsi ses droits d’auteur et son héritage artistique.
« I Am the Walrus… of Trademarks »
La réaction de Yoko Ono n’est pas une surprise pour les observateurs de son parcours juridique. Depuis la mort de Lennon en 1980, l’artiste veille jalousement sur son image et son œuvre, multipliant les procédures contre quiconque ose s’en approcher de trop près. En 2008, elle avait déjà attaqué un restaurant new-yorkais pour avoir utilisé le nom « Lennon » dans son enseigne. En 2015, c’était au tour d’un fabricant de lunettes de subir ses foudres pour des montures trop inspirées de celles du musicien. A croire que la retraite de John ne lui suffit pas…
Cette fois, c’est donc une bière bretonne qui passe à la casserole. « On comprend la sensibilité de Madame Ono, mais de là à voir une atteinte à l’héritage de Lennon dans une bière citronnée… », soupire un brasseur local sous couvert d’anonymat. « Après tout, John Lennon lui-même aurait probablement ri en goûtant une John Lemon. Et puis, en Bretagne, on a l’habitude des tempêtes… mais là, c’est une tempête dans un verre à bière ! »
La brasserie L’Imprimerie : entre humour et pragmatisme
L’Imprimerie préfère ne pas commenter officiellement l’affaire, mais une source proche du dossier a confié : « On est des brasseurs, pas des avocats. Si Yoko Ono veut qu’on arrête, on arrêtera. Mais franchement, c’est dommage : la bière marche super bien, et les clients adorent le jeu de mots. »
Reste une question : Yoko Ono a-t-elle vraiment goûté la John Lemon avant de porter plainte ? Car, avouons-le, une bière citronnée, c’est soit un chef-d’œuvre, soit un crime contre l’humanité. Et dans les deux cas, Lennon aurait sans doute eu un avis tranché (comme le citron des lunettes de l’étiquette).
Et maintenant ?
L’affaire est entre les mains des avocats. Si la brasserie cède, la John Lemon pourrait disparaître des étals… ou alors changer de nom. « Citrus Fields Forever » ? « Lucy in the Sky with Diam… mousse » ?…
En attendant, une chose est sûre : en Bretagne, on ne badine pas avec la bière. Et si Yoko Ono veut vraiment protéger l’héritage de Lennon, elle ferait peut-être mieux de s’attaquer aux covers ratées de « Working Classe Hero » dans les karaokés. Ça, au moins, c’est un vrai crime contre le petit homme aux lunettes rondes…
À suivre, donc. Et en attendant, si vous croisez une John Lemon en rayon, profitez-en : elle pourrait bien devenir un objet de collection.



