Dix ans déjà que les moines de Saint-Wandrille troquent parfois le chapelet pour la cuve de brassage. Inaugurée le 1er décembre 2016, la brasserie de l’abbaye normande souffle ses 10 bougies avec plus d’un million de bouteilles vendues au compteur. Pour marquer le coup, les frères ouvrent leurs portes au public fin octobre. Et on vous le dit tout de suite : il y aura de quoi trinquer.
Trois jours de portes ouvertes à ne pas manquer
Du 23 au 25 octobre, de 9h30 à 18h30, la Brasserie de l’Abbaye accueille les curieux et les amateurs. Au programme :
la visite de la brasserie monastique ;
une exposition qui retrace l’aventure des 10 ans ;
une dégustation au bar éphémère, avec les bières spéciales brassées pour l’occasion ;
des échanges avec les frères brasseurs.
Rendez-vous à La Boutique de l’Abbaye, 2 rue Saint-Jacques, 76490 Rives-en-Seine.
Une dizaine de bières spéciales pour l’occasion
Pour fêter l’anniversaire, les moines ont sorti le grand jeu : pas moins d’une dizaine de références uniques, déclinées de plusieurs façons.
Les styles : ambrées, blondes, noires…
Les recettes : doubles, triples, bières vieillies en fûts…
Les formats : 50 cl, 33 cl, cannettes.
Pour ceux qui ne pourraient pas faire le déplacement pas de panique, la brasserie prévoit de mettre ces bières spéciales en vente en ligne dès que possible.
Moines avant d’être brasseurs
Il faut se rappeler d’où vient cette bière. L’abbaye Saint-Wandrille, fondée en 649 près de Rouen, abrite aujourd’hui une trentaine de moines bénédictins. Chez eux, la prière passe en premier, le travail vient juste après : atelier, boutique, ruche ou brasserie, chacun selon ses capacités.
Tout cela a (re)commencé par une idée née d’un brainstorming monastique. Des documents attestent qu’on brassait déjà de la bière à Saint-Wandrille au XVIIe siècle. Mais c’est en 2016 que l’aventure prend sa forme actuelle. À la recherche d’un projet économique pour faire vivre la communauté, les frères imaginent, lors d’un brainstorming monastique (oui, ça existe), de produire leur propre bière artisanale. Une tradition encore vivante en Allemagne et en Belgique, mais alors totalement éteinte en France.
Les débuts sont modestes : les premiers essais se font dans des gamelles. Les moines se forment au lycée agricole de Douai, enchaînent les stages dans des brasseries artisanales, puis se font accompagner par Hervé Marziou, biérologue réputé. Résultat : la Saint-Wandrille, première bière de la maison, naît à l’été 2016, avec un profil unique et bien reconnaissable.
Place ensuite au matériel professionnel, dont 4 fermenteurs, de quoi produire 600 000 à 700 000 litres par an (6000 à 7000 Hl). La brasserie est inaugurée le 1er décembre 2016, et son succès ne s’est pas démenti depuis.
Une bière 100 % faite par des moines
Ici, tout est réalisé par les frères, de la réception des matières premières à l’encapsulage. Tous ne brassent pas, mais tous participent : mise en bouteille, étiquetage, mise en carton, dégustation des nouveaux essais, vente en boutique… Le rythme de production s’adapte aux horaires monastiques, et les moines chantent même l’office entre deux tâches pendant le brassage. Difficile de faire plus authentique.

Les bières de l’abbaye
L’ambrée (pale ale), 6,5 %. Plusieurs malts donnent à cette bière que les moines décrivent comme ayant une « une belle rondeur en bouche, avec de légères notes de caramel. Les houblons français apportent des arômes boisés et épicés ».
La blanche Sicera Humolone, 5,5 %. Son nom vient d’une charte de 829, dans laquelle saint Anségise, abbé de Saint-Wandrille, désigne la bière de houblon dont la communauté ne devait jamais manquer. Elle est décrite comme « légère en alcool et en amertume, elle est rafraîchissante et facile à boire, avec des arômes de fruits mûrs ».
La brune Scottici Generis, 7 %. Les notes de dégustation la présentent comme une bière « onctueuse, d’un noir intense, elle déploie des arômes de fruits rouges, de café et de cacao ». Son nom rend hommage à saint Wandrille, qui rêvait de rejoindre l’Irlande de saint Colomban avant de fonder son monastère en Normandie.
L’éphémère Hortus Deliciarum, 6,2 %. C’est la bière de saison, disponible fin octobre. Elle est brassée avec le houblon du jardin de l’abbaye, utilisé sitôt récolté. Elle est décrite comme une « blonde, aux notes poivrées ». elle a vu le jour en 2019 lors d’une collaboration avec O’clock et revient désormais chaque année.
Actuellement deux bières éphémères sont disponibles sur la boutique en ligne:
Vinculo Fraternitatis, 5,3 % (50 cl). Née à l’occasion du salon des bières d’Abbayes 2026 de Vaucelles, cette bière d’abbaye a été brassée et mise en bouteille par les frères de Saint-Wandrille, avec le concours de l’Échappée bière et de la brasserie de Vaucelles. Les moines la décrivent comme une bière « blonde et lumineuse, qui séduit par son nez floral. Légère et désaltérante, sans trop de corps, elle reste pourtant complexe, sans amertume, et les flocons d’avoine adoucissent encore le goût ». Son nom signifie « par le lien de la fraternité » : un clin d’œil à un salon qui célèbre le savoir-faire monastique, et à la fraternité en Jésus-Christ selon la Règle de saint Benoît. Une fraternité à partager, comme la bière.
Requies Sitis, 5 % (50 cl). Elle sort chaque année à l’occasion de la fête médiévale du village de l’Abbaye. C’est une saison non filtrée et non pasteurisée avec ajout d’épices, peu alcoolisée, très désaltérante. Les moines notent que « Sa pétillance et son parfum d’écorce de citron renforcent encore la sensation de fraîcheur ». Son nom, « le repos de la soif », vient du livre de la Sagesse, qui évoque l’errance du peuple d’Israël dans le désert, quand l’eau jaillit d’un rocher pour étancher sa soif. Un rappel que ces biens viennent de la Providence, et qu’ils doivent aussi donner soif des biens éternels.
Ls pros et les événements ne sont pas oubliés
Les bières existent aussi en fûts de 20 L, déjà présents dans plusieurs cafés et restaurants locaux. Particuliers (mariage, baptême, barbecue, séminaire…) comme professionnels peuvent réserver une tireuse. Les établissements qui souhaitent proposer la bière à la pression sont bien entendu invités à contacter la brasserie.


