Le whisky breton fini en fût de chouchen était sorti en édition limitée en 2025. Succès immédiat, demande soutenue : la distillerie de Lannion en fait désormais une référence fixe. Et non, ce n’est pas juste un coup marketing.
Soyons honnêtes : quand Warenghem a annoncé un whisky fini en fût de chouchen, la première réaction de beaucoup d’amateurs (et même de professionnels de la profession allergique à l’élixir BZH mielleux…) a été un sourire en coin. Du miel, de la Bretagne, un peu de folklore, le tout mis en bouteille à 46% pour 54,50 euros… On pouvait légitimement craindre le gadget touristique, le genre de truc qu’on ramène d’un week-end à Quimper pour faire rigoler les copains.
Sauf que non. L’édition limitée de 2 500 bouteilles lancée en 2025 a rapidement circulé dans le réseau des cavistes, et les retours ont été clairs : le produit tient la route. Pas « sympa pour ce que c’est », pas « original pour un cadeau ». Bon, tout simplement.
« Ces notes florales et miellées se marient à merveille avec notre whisky breton. » explique Erwan Lefebvre, Maître de Chai, Distillerie Warenghem
Et pour comprendre pourquoi ça fonctionne, il faut se souvenir d’où vient Armorik. La distillerie Warenghem, fondée à Lannion en 1900, n’est pas une start-up du terroir en quête de buzz. Elle a lancé le premier whisky breton en 1987, inauguré en 1993 la première distillerie française entièrement dédiée au whisky, et décroché en 1998 le titre de premier single malt de France. Autant dire qu’on ne parle pas d’amateurs qui auraient eu l’idée sympa de tremper leur orge dans de l’hydromel.
Le Small Batch Chouchenn est élaboré à partir d’orge française, bretonne et bio, doublement distillée en pot stills — la méthode traditionnelle des Écossais, adoptée ici avec un soin évident. La maturation se fait en fûts de chouchen et en fûts de chêne de Bretagne. Ce dernier point est loin d’être anecdotique : le chêne local apporte des tanins et des arômes propres à ce terroir, et c’est précisément là que l’assemblage prend tout son sens.
« Nous faisons ce métier pour révéler le potentiel du terroir breton. » confirme David Roussier, Dirigeant, Distillerie Warenghem
En dégustation, le résultat est assez bluffant.
La robe est dorée, avec des reflets ambrés.
Au nez, le miel s’impose — mais c’est plutôt de la cire d’abeille que du bonbon, ce qui change tout. Des notes de crème vanillée, puis quelques touches végétales .
En bouche, la texture est douce et fraîche à la fois — un oxymore qui se vérifie vraiment. On trouve une légère fraîcheur mentholée, une belle structure avec des arômes de vanille, des épices.
Et une finale très longue sur la cire, la vanille et une pointe de poivre.
Bref pas folklorique pour un sou.
C’est d’ailleurs cette cohérence aromatique qui a convaincu la distillerie de franchir le pas. Devant l’enthousiasme des amateurs et la pression du réseau de cavistes — le seul circuit de distribution retenu —, Warenghem a décidé d’intégrer ce whisky dans sa gamme permanente. Disponible dès ce mois de mars, il rejoint ainsi les références emblématiques de la maison, sans avoir besoin de faire ses preuves : elles sont déjà faites.
Dans un marché du whisky français en plein essor, où chaque producteur cherche à se distinguer, Armorik réussit quelque chose d’assez rare : s’ancrer dans son territoire sans verser dans le pittoresque. Le chouchen n’est pas là pour faire « local », il est là parce qu’il fonctionne. C’est peut-être ça, la vraie marque d’un bon terroir.



