Lors du dernier salon Whisky Live Paris, entre deux stands d’Écosse et quelques belles découvertes japonaises, c’est bien entendu le whisky français qui nous a fait ralentir le pas. C’est ainsi que nous avons découvert Esprit Tourbé, le troisième opus de la gamme MilHòc.
Un whisky de grain qui ose la tourbe
MilHòc, c’est la grande idée de Denis Lesgourgues, propriétaire du Château de Laubade, en Gascogne. Une gamme de whiskies single grain à base majoritaire de maïs, cultivé sur 17,5 hectares des terres familiales, complété par de l’orge maltée venue du nord de la France et maltée localement. Un parti-pris atypique, loin des standards d’outre-Atlantique, même si Denis Lesgourgues avoue s’être inspiré à la fois des bourbons américains et des whiskies écossais.
Côté distillation, on est dans l’artisanal : un alambic de type « armagnacais » en cuivre, fabriqué sur mesure en 1974, une distillation lente en continu et une chauffe au gaz naturel à flamme nue. Résultat, un whisky à la typicité aromatique intense et à la douceur distinctive. Après la distillation, les eaux-de-vie vieillissent de 4 à 5 ans dans les chais historiques du XIXe siècle du château.
Après Premier-Né et Première Flamme, lancés en 2025, Esprit Tourbé vient donc compléter la famille.
La tourbe, oui, mais pas dans les céréales
Voilà ce qui rend la démarche intéressante : ici, pas de malt tourbé. L’idée de Denis Lesgourgues et de François Laura, maître de chai du domaine, n’a jamais été d’introduire la tourbe dans les céréales, mais de glisser une subtile touche fumée au moment de la maturation, grâce à un choix minutieux de fûts.
Pour cela, la famille Lesgourgues s’est tournée vers les Laing, une lignée respectée depuis deux générations dans le monde du whisky écossais pour son travail autour des whiskies d’Islay. Ils ont permis à MilHòc d’accéder à une sélection de fûts ayant contenu des Scotchs de l’île.
Le processus se fait en deux temps. D’abord, une première maturation à Laubade en fûts neufs, ex-Bourbon et ex-Armagnac. Ensuite, l’assemblage poursuit son chemin pendant plusieurs mois dans des barriques acheminées directement depuis Islay jusqu’à la distillerie. Les notes fumées et tourbées marquent alors, finement et progressivement, la signature du whisky. Dernière étape : une réduction à 45 % et une mise en bouteille sans filtration à froid, pour préserver toute la richesse olfactive et gustative.
Denis Lesgourgues parle d’un « véritable exercice d’équilibriste » pour trouver le bon point d’aromatisation. Après dégustation, on veut bien le croire.
Dans le verre : de l’élégance avant tout
Disons-le franchement : on se méfie un peu des whiskies tourbés quand la fumée se met à tout écraser. Ici, c’est tout le contraire. La tourbe est élégante, parfaitement fondue, et surtout, elle laisse toujours le maïs s’exprimer. On retrouve cette texture ronde et soyeuse qui fait la marque de fabrique de MilHòc, simplement relevée d’un fin voile fumé qui lui donne du relief.
Voilà un whisky qui s’adresse autant aux amateurs de tourbe qu’à ceux qui n’en ont jamais vraiment franchi le pas, justement parce que la fumée reste une invitée et pas la maîtresse de maison.
Esprit Tourbé titre 45 % et se présente en bouteille de 70 cl, avec une étiquette bleue qui le distingue de ses deux grands frères. Il est disponible chez les cavistes et épiceries fines, au prix public indicatif de 55 euros. À titre de comparaison, Le Premier-Né (45 %) est annoncé à 48 euros et Première Flamme (50 %) à 69 euros.
Avec ses trois références, MilHòc affiche clairement l’ambition de devenir un acteur de référence parmi les whiskies français et de contribuer au rayonnement de la catégorie à l’international.



