Soyons honnêtes : en ce moment, parler d’un produit américain avec enthousiasme, ça coince un peu. L’individu qui squatte la Maison Blanche depuis trop longtemps a ce don particulier de donner envie de rendre sa carte de membre du fan-club des États-Unis, de jeter ses sneakers à la poubelle et de refuser obstinément tout ce qui porte le drapeau étoilé. Boycott assumé, bouderie revendiquée.
Et puis il y a des cas qui compliquent tout.
Parce que quand Maker’s Mark, oui, un bourbon du Kentucky, américain jusqu’à la moelle, s’associe à Anthony Courteille, le fondateur de la boulangerie parisienne SAIN, on se retrouve dans une situation délicate. Le boulanger, lui, n’a strictement rien à voir avec les frasques de Washington. Et son pain, encore moins.
De la distillerie à la miche
L’idée de départ est aussi simple qu’elle est inattendue : et si le pain pouvait raconter le bourbon ? C’est le pari qu’Anthony Courteille a relevé en imaginant une miche élaborée à partir des trois céréales qui composent la recette emblématique de Maker’s Mark : le maïs, le blé rouge d’hiver et l’orge maltée. Le tout avec un levain enrichi au bourbon, pour que la signature aromatique ne soit pas qu’un clin d’œil marketing, mais une réalité gustative.
Le résultat, selon le boulanger, donne un pain au nez de chêne doux, vanille et fruits frais, avec une bouche équilibrée et une finale douce et légèrement épicée. Autrement dit, un pain qui sent le whisky sans en être ivre.
Une histoire de famille, et de farine
Ce qui rend la collaboration particulièrement savoureuse, c’est son ancrage historique. Dès les années 1950, quand Bill Samuels Sr. fondait Maker’s Mark à Loretto, Kentucky, il testait ses assemblages de céréales… en les cuisant en pain. C’est avec son épouse Margie qu’il expérimentait différentes recettes pour trouver le bon équilibre, celui qui donnerait naissance à la formule iconique à base de blé rouge d’hiver, ce même blé qui, abandonné dans le rye whiskey traditionnel, confère à Maker’s Mark sa douceur caractéristique.
La boucle est donc joliment bouclée : un pain inspiré d’un bourbon qui, à l’origine, s’est construit grâce au pain.
SAIN dans son élément
Du côté d’Anthony Courteille, la démarche s’inscrit parfaitement dans l’ADN de SAIN, boulangerie engagée, portée sur le levain naturel et les ingrédients de qualité. Pas de gadget ici, pas de collab’ opportuniste. Le chef boulanger a pris le brief au sérieux, et ça se sent.
La miche Maker’s Mark x SAIN sera disponible en édition très limitée, et dans la limite des stocks, les 10-11, 17-18 et 24-25 avril, dans les deux adresses parisiennes de la boulangerie : le 23 rue des Gravilliers dans le 3e, et le 3 rue Alibert dans le 10e. Prix : 15 euros le kilo, ce qui pour un pain de cette nature reste tout à fait raisonnable.
Alors oui, on continue de faire la tête aux importations américaines. Mais ce pain-là, on ira le chercher sans se sentir trop coupables. La géopolitique a ses limites, et elles s’arrêtent, manifestement, à la croûte d’un bon pain au levain.




