Lil, Carnavaleuse, Bradeuse… Ces noms qui résonnent dans les bistrots et les supermarchés du Nord vont continuer à vivre. Le groupe brassicole Newbeers vient d’annoncer le rachat de la Brasserie Gobrecht (59) et reprend dans la foulée plusieurs de ses marques emblématiques. Une opération de sauvetage, mais surtout un pari sur l’avenir.

C’est une histoire qui aurait pu mal finir. Fondée il y a près de six ans par Antoine Gobrecht, la brasserie éponyme du Nord a traversé des années difficiles — Covid, freins à l’investissement, marché brassicole sous tension. Le cocktail habituel qui a eu raison de plus d’une maison artisanale ces dernières années. Mais là, le fondateur a préféré passer la main plutôt que de laisser couler le bateau. Une décision mûrement réfléchie, qualifiée de « sortie responsable » par les protagonistes, pour assurer la continuité des marques plutôt que de les voir disparaître avec la société.

C’est Newbeers qui récupère la mise. Le groupe, créé en juillet 2020 et composé de quatre brasseries — Mélusine (85), Parisis (77), Page 24 (62) et La Berlue (81) —, ne cache pas sa philosophie : fédérer des brasseries artisanales et indépendantes pour qu’elles puissent continuer à exister, ensemble, sans perdre leur âme locale. Autrement dit, la force d’un groupe sans l’uniformisation d’un grand industriel.

Une première : des marques sans brasserie

Ce qui rend cette acquisition un peu particulière, c’est qu’elle ne s’accompagne d’aucun outil de production. Newbeers récupère des noms, des recettes, une identité — mais pas de site brassicole à proprement parler. Une première pour eux. « C’est la première fois que nous rachetons des marques sans brasserie. Notre ambition est d’abord de maintenir ces marques et de repartir en conquête dès l’année prochaine », reconnaît sans détour Adrien Vasseur, Directeur Général de Newbeers.

Pour pallier ce manque, c’est la Brasserie Saint-Germain (Page 24), basée dans le Pas-de-Calais, qui prend le relais de la production. Elle dispose de la capacité d’accueil nécessaire et d’un savoir-faire reconnu pour assurer la montée en puissance progressive des volumes. Et les premières cuves sont déjà en route : la Carnavaleuse a été l’une des premières à repasser en production.

Lil, le symbole à reconquérir

Parmi les marques reprises, c’est Lil qui semble concentrer le plus d’ambitions. Cette bière à l’ancrage régional fort est clairement dans le viseur de Newbeers pour les prochaines années. L’objectif affiché par Adrien Vasseur est clair : « Si on devait formuler un vœu sur Lil, ce serait de doubler les volumes en quatre ou cinq ans. » Un objectif ambitieux, mais cohérent avec la logique de reconquête progressive que le groupe entend mener, aussi bien en grande distribution (GMS) que chez les cavistes, épiceries locales et dans les cafés-hôtels-restaurants (CHR).

L’ancrage territorial, colonne vertébrale du projet

Ce qui frappe dans cette opération, c’est l’insistance sur la préservation de l’identité de ces marques. Newbeers ne veut pas les fondre dans une offre générique. Les recettes restent inchangées, l’ancrage nordiste est revendiqué, et la distribution visée est celle des circuits de proximité autant que des grands réseaux. En clair : ces bières doivent continuer à ressembler à ce qu’elles ont toujours été, tout en retrouvant leur place sur les linéaires.

Pour un groupe dont la devise pourrait se résumer à « ensemble on va plus loin », l’acquisition de la Brasserie Gobrecht ressemble donc moins à une conquête qu’à un geste de sauvegarde. Reste à voir si la recette — maintenir l’âme, muscler la diffusion — suffira à redonner à Lil, Carnavaleuse et Bradeuse la place qu’elles méritent dans le paysage brassicole du Nord.