À première vue, le whisky et la haute joaillerie n’ont pas grand-chose à se dire. Et pourtant, quand Benjamin Kuentz — l’homme qui « écrit » ses whiskies comme on compose une partition — croise la route de Lorenz Bäumer, joaillier iconique de la Place Vendôme, quelque chose d’inattendu se produit. Quelque chose de lumineux, précisément.
Facettes d’Or est leur premier enfant commun. Premier opus d’une collection qui en comptera sept, un par an, chacun inspiré d’une pierre précieuse différente. Ce n’est pas un gadget marketing : c’est un projet artistique assumé, presque une déclaration de foi dans la capacité du whisky français à rivaliser avec les grandes expressions mondiales.
« Un hommage à l’art de sublimer ce que la nature nous offre de plus beau. »
Côté technique, on est sur du sérieux. Ce Single Malt bio, Single Cask, a été distillé dans le Vercors, par la distillerie du même nom. Affiné deux ans en fût neuf puis six ans en ex-fût de Cognac, il est embouteillé brut de fût à 68,65 %. Un degré qui pourrait effrayer — et c’est là que réside toute la surprise. Car malgré cette puissance, Facettes d’Or se révèle d’une finesse déconcertante.
Au nez, aucune agressivité : de délicates notes boisées élégantes s’imposent d’emblée, portées par des touches pâtissières de crème anglaise, des notes florales et des épices douces.
En bouche, l’attaque est dense, mais ici aussi sans heurt. C’est même gourmand, sur les fruits mûrs, le raisin sec, un soupçon de vanille, avant de céder la place à du zeste d’orange, des épices qui nous mènent vers la finale.
Celle-ci est étonnamment soyeuse, d’une fort belle longueur, avec une petite touche saline pour faire durer le plaisir.
Pour ceux qui se posent la question de ce niveau d’alcool concentré il n’y a bien sûr rien d’artificiel, au contraire. Il est la conséquence directe du terroir. Dans le chai sec où le new make à vieilli, c’est l’eau qui s’est évaporée plus vite que l’alcool, concentrant naturellement la matière. La nature, finalement, a fait une partie du travail de joaillier.
Enfin parlons du flacon et du packaging au global, parce que cela mérite qu’on s’y arrête. L’étiquette, dessinée par Lorenz Bäumer lui-même et baptisée elle aussi Facettes d’Or, est d’une sobriété magistrale. Fond noir, typographie précise, détails dorés en facettes géométriques évoquant la taille d’un diamant et certaine ouvertes pour laisser s’exprimer l’or du malt. Rien de criard, rien d’ostentatoire — juste ce sentiment immédiat d’avoir entre les mains quelque chose d’un peu précieux. Un packaging qui réussit le tour de force d’être à la fois simple et rare, accessible au premier regard et sophistiqué à l’examen. Sur une table, elle attire l’œil sans chercher à le séduire à tout prix. C’est exactement ça, l’élégance.
Quand au canister, blanc et en facettes d’or, il cache en son intérieur, sur fond pourpre, la colonne Vendôme chère à Lorenz Bäumer, pour une des parties. Sur l’autre la façade de la boutique du joailler, au 19 de la célèbre place parisienne.
À 220 euros la bouteille, Facettes d’Or se positionne clairement dans le registre premium — mais sans l’arrogance qui va parfois avec. C’est un whisky d’après-repas par excellence, que l’on imagine volontiers avec un carré de chocolat noir très intense, accord signature revendiqué par Benjamin Kuentz et que nous avons pu apprécier sur un chocolat origine Pérou à 75% signé par Alain Ducasse.
Nous l’avons dit, six prochains opus sont à venir, six nouvelles pierres précieuses à explorer. Si le premier volet tient ses promesses à ce point, on est en droit d’espérer que la collection entière soit à suivre de très près.



