La marque ligérienne DIVIN, jusqu’ici connue pour ses vins désalcoolisés, franchit un cap inattendu : transformer son savoir-faire viticole en bières sans alcool. Deux nouvelles références débarquent, élaborées à partir de jus de raisin du Val de Loire. Pari audacieux ou coup de génie ?

C’est une rencontre entre un brasseur belge et un œnologue italien dans les caves de Touraine qui a tout déclenché. Dirk Naudts (Brasserie De Proef en Belgique), figure du brassage sans alcool depuis plus de 13 ans, et Alessandro Bariè, l’œnologue créateur de DIVIN, se sont posé une question qui peut sembler saugrenue : « Est-ce que la bière peut exprimer nos terroirs ? »

De cette intuition partagée sont nées deux bières qui ne ressemblent à rien de ce qu’on connaît (en tous les cas nous on a jamais vu/bu): une IPA Sauvignon Blanc et une Blonde Chenin Blanc. Oui, vous avez bien lu. Du houblon rencontre du jus de raisin des vignobles Villebois, et ça donne des créations à 0,0% qui bousculent les codes.

L’IPA qui sent le Sancerre et la Blonde façon Vouvray

L’IPA Sauvignon Blanc, c’est un peu le manifeste de cette démarche hybride. Imaginez une bière dorée et lumineuse, où le houblon côtoie les fruits tropicaux caractéristiques du Sauvignon. En bouche, ça claque : fraîcheur, acidité subtile, texture croquante. Le tout à 0,3% d’alcool et vendu 3,70 euros.

Le secret ? Un houblonnage tardif (la technique du « dry hopping » pour les connaisseurs) qui libère les arômes sans trop d’amertume, combiné à l’ajout de moût de Sauvignon Blanc après refroidissement. Les levures spéciales font leur travail sans produire d’alcool, et hop, on a  une bière qui se la joue terroir ligérien. Pour l’IPA c’est plus compliqué mais on reviendra dessus sur une prochaine fiche dégustation.

Côté Blonde Chenin Blanc, on joue la carte de l’élégance texturée. Robe ambrée légèrement trouble, arômes de miel et de malt, notes de pomme et poire… Cette bière à 0,2% d’alcool (3,60 euros) mise sur la rondeur, presque veloutée en bouche, avec juste ce qu’il faut d’amertume pour équilibrer le tout.

Ici aussi, le Chenin Blanc n’est pas qu’un faire-valoir : il apporte vraiment sa palette aromatique au brassin, créant quelque chose entre deux mondes. Une bière qui a sa place à table cette fois.

Du vignoble à la bouteille

Ce qui est bien entendu intéressant  dans cette démarche, c’est qu’on ne parle pas d’aromatisation artificielle. Les raisins sont sélectionnés minutieusement lors des vendanges de septembre 2025, issus des mêmes vignobles Villebois qui fournissent les vins désalcoolisés de la marque. Le moût de raisin est intégré au processus de brassage comme un ingrédient noble, au même titre que le malt ou le houblon.

Pour Alessandro Bariè, l’œnologue milanais qui a troqué une carrière d’avocat pour les cuves ligériennes, l’enjeu est clair : « Pour créer une bière 0,0%, il faut plus qu’un savoir-faire : il faut une vision. La nôtre consiste à préserver la finesse, la fraîcheur et l’émotion du vin dans un univers brassicole. »

Pari réussi ?

Sur le papier, tout ça peut sembler un peu hipster. Mais force est de constater que DIVIN pousse la logique jusqu’au bout : fermentation contrôlée pour rester sous les 0,5% d’alcool, filtration centrifuge, choix de houblons pour dialoguer au mieux avec les cépages…

Ces bières sont disponibles dans les boutiques Aux Trésors de Bacchus et sur leur e-shop. Reste à savoir si le public suivra. Parce qu’au final, réussir à faire cohabiter l’identité d’une IPA avec la vivacité d’un Sauvignon ou la souplesse d’un Chenin, c’est un exercice de haute voltige.

Une chose est sûre : DIVIN ne fait pas les choses à moitié. Et ça, dans un marché du sans alcool qui explose, ça pourrait faire la différence.