Le SNBi, syndicat qui représente les 2 400 brasseries indépendantes de France, dénonce une décision prise dans leur dos : la consigne des fûts passe de 30 à 40 euros, quand eux demandaient 70 euros. Une gifle, disent-ils. Et une de plus.
Il y a des façons de l’apprendre plus élégamment. C’est au détour d’une lecture du Journal officiel que le Syndicat National des Brasseries Indépendantes (SNBi) a découvert que la consigne des fûts venait d’être revalorisée. Pas d’appel téléphonique, pas de réunion préalable, pas même un email de courtoisie. Juste un décret, froid et officiel, qui entérine une hausse de 30 à 40 euros.
On pourrait se dire que passer de 30 à 40 euros, ça reste une bonne nouvelle. Sauf que le SNBi réclamait depuis plusieurs années une revalorisation à 70 euros. La raison ? Depuis 2001 — oui, 2001 — la consigne n’avait pas bougé d’un centime, alors que la valeur réelle des fûts, elle, avait largement suivi l’inflation. Résultat : vols, non-retours de fûts, pertes financières. Pour les petites brasseries artisanales, ce n’est pas anecdotique. C’est du cash qui s’évapore.
Un siège à la table, mais pas d’invitation au dîner
En mars 2025, le SNBi avait été convié à un « court échange » avec la commission « consignation ». Court, c’est le mot. Depuis, silence radio. Aucun compte-rendu, aucune information sur l’avancement des travaux, aucune restitution. Et puis, un matin, le décret.
Le syndicat ne mâche pas ses mots : la décision a été prise « sans concertation, sans transparence et sans même informer la seule organisation qui représente exclusivement les brasseries indépendantes ». En clair, les artisans ont eu droit au strapontin, mais pas à la table des négociations.
Ce qui agace particulièrement le SNBi, c’est le sentiment d’un système verrouillé par les grands industriels. Dans un secteur où les brasseries artisanales représentent pourtant 90 % des établissements, leur voix pèse visiblement peu face aux lobbys brassicoles historiques. « L’industrie continue d’imposer ses positions sans l’avis des 2 400 brasseries indépendantes », tonne le syndicat.
Et maintenant ?
Le SNBi ne compte pas en rester là. Le syndicat demande des explications au gouvernement sur les conditions dans lesquelles la décision a été prise et réclame son intégration « à part entière » dans la commission consignation. L’objectif affiché : ne plus jamais apprendre ce genre de chose via le Journal officiel.
Sur le fond, la question reste entière. À 40 euros, la consigne reste très en dessous de ce que les brasseurs artisanaux jugent nécessaire pour couvrir la valeur réelle de leurs fûts. Les pertes liées aux vols et aux non-retours continueront donc d’amputer leurs marges — déjà sous pression dans un contexte de hausse des matières premières et d’une consommation de bière en repli en France.



