C’est la bombe tombée cette nuit (communiqué reçu par mail à 00h36 !) et qui, en ces temps de conflit se veut au contraire pacifiste…

En effet, Pernod Ricard a confirmé être en discussions avec l’américain Brown-Forman en vue d’un possible rapprochement. Une opération qui, si elle aboutit, ferait naître un mastodonte mondial des spiritueux sans précédent.

Ce n’était plus vraiment un secret : depuis quelques heures, Bloomberg et Reuters s’étaient déjà chargés de faire tourner la rumeur. Mais c’est désormais officiel. Pernod Ricard a confirmé être en discussions avec Brown-Forman concernant un potentiel rapprochement. De son côté, Brown-Forman a également confirmé être engagé dans ces discussions avec son homologue français.

Une fusion entre égaux — sur le papier

Les deux groupes tiennent à cadrer le débat d’entrée de jeu. Pas question de parler d’OPA hostile ou de rachat déguisé : ce partenariat serait akin à une fusion entre égaux, s’appuyant sur le talent et l’expertise des deux entreprises, et créatrice de valeur pour les actionnaires des deux sociétés.

L’idée est claire : additionner les forces plutôt que d’en absorber une. D’un côté, Pernod Ricard et son réseau de distribution mondial tentaculaire, son exposition aux marchés émergents à fort potentiel, et un portefeuille de marques allant de la vodka Absolut au scotch Chivas Regal, en passant par le cognac Martell et le champagne Mumm. De l’autre, Brown-Forman et sa couronne : Jack Daniel’s, la marque de whisky américain la plus reconnue au monde, aux côtés de Woodford Reserve, Diplomatico ou encore Gin Mare.

Les synergies opérationnelles attendues seraient importantes, tirant parti des marques iconiques de Brown-Forman et de la force du réseau de distribution mondial de Pernod Ricard, notamment sur les marchés à plus fort potentiel de croissance.

Des tailles comparables, des trajectoires similaires

Sur le plan financier, les deux groupes ne jouent pas exactement dans la même cour, mais restent dans des ordres de grandeur raisonnables pour parler d’égaux. Pernod Ricard affiche des revenus trois fois plus élevés que Brown-Forman, à environ 11 milliards d’euros contre 3,42 milliards d’euros pour l’américain sur leur dernier exercice respectif. L’écart est moins important en termes de capitalisation boursière : Brown-Forman pèse environ 9,5 milliards d’euros contre un peu plus de 15 milliards pour Pernod Ricard.

Et les deux partagent un point commun désagréable : ils traversent une mauvaise passe. Pernod Ricard a lancé un plan de restructuration visant à réaliser un milliard d’euros d’économies entre 2026 et 2029, incluant des suppressions d’emplois. Brown-Forman, de son côté, a présenté l’année dernière un vaste plan de restructuration similaire, cherchant à protéger ses marges face à la hausse des coûts des intrants.

Les marchés : enthousiasme côté américain, froideur côté Paris

La réaction boursière a été… contrastée. À la clôture, le titre Pernod Ricard a accusé un repli de 5,72% à 59,94 euros. À la Bourse de New York, l’action Brown-Forman s’envolait pour sa part de plus de 15%.

Ce décalage s’explique assez simplement. Pour les actionnaires de Brown-Forman, un rapprochement avec le numéro deux mondial des spiritueux est une belle nouvelle — et une prime bienvenue. Pour ceux de Pernod Ricard, l’opération soulève davantage d’interrogations. Notamment en raison de l’endettement déjà élevé de Pernod Ricard par rapport à ses concurrents.

Un secteur à la recherche d’un second souffle

Ce rapprochement ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un mouvement de fond : les acteurs des spiritueux luttent contre une chute des ventes qui dure depuis plusieurs années. Dans ce contexte, la consolidation semble l’une des réponses logiques du secteur.

Sur cinq ans, Pernod Ricard perd 62% en Bourse, le britannique Diageo 53,3%, et Brown-Forman 63%. Autant dire que les trois mastodontes du secteur ont tous pris un sérieux coup dans l’aile. Se regrouper pour peser plus lourd face à un consommateur plus frileux et des coûts en hausse : la logique est là.

Pas encore de champagne pour autant

Malgré l’excitation que suscite l’annonce, les deux groupes ont pris soin de tempérer les attentes. Il n’existe aucune garantie qu’un accord puisse être conclu. Pernod Ricard n’entend pas faire d’autre communication sur ce sujet tant qu’un accord définitif n’aura pas été conclu ou qu’il n’aura pas été mis un terme aux discussions.

Traduction : on n’en est qu’au début. Les discussions sont réelles, les intentions semblent sérieuses — mais entre vouloir et concrétiser, il y a encore un long chemin.

En attendant, une chose est sûre : si ce mariage venait à se concrétiser, le monde des spiritueux ne serait plus tout à fait le même. Absolut, Jameson, Ricard, Chivas et Jack Daniel’s sous le même toit — voilà qui ferait une sacrée cave.