Le géant néerlandais de la bière vient de jeter un sacré coup de froid dans le monde brassicole. Hier, lors de la présentation de ses résultats annuels 2025, Heineken a annoncé qu’il allait supprimer entre 5000 et 6000 postes dans le monde d’ici deux ans, soit environ 7% de ses 87 000 salariés ! Une pilule amère pour le deuxième brasseur mondial par capitalisation boursière.
La direction justifie ces coupes par la nécessité « d’accélérer la productivité à grande échelle afin de réaliser des économies importantes », dans un contexte qu’elle qualifie pudiquement de « conditions de marché difficiles« . Traduction : les consommateurs boivent moins de bière, et quand ils en boivent, ils regardent de plus en plus à la dépense.
Des chiffres qui piquent
Les résultats 2025 parlent d’eux-mêmes. Heineken a enregistré une baisse de 2,4% de ses volumes globaux de bière, avec des baisses particulièrement marquées en Europe (-4,1%) et en Amérique (-3,5%). Ses terres historiques, en somme. Le chiffre d’affaires a chuté à 34,4 milliards d’euros, contre 36 milliards l’année précédente.
Seule consolation pour le groupe d’Amsterdam : les bonnes performances sur les marchés émergents comme l’Inde, le Nigéria, l’Éthiopie et le Vietnam lui ont permis de sauver les meubles. Mais visiblement, ça ne suffit pas à compenser la gueule de bois européenne et américaine.
L’Europe particulièrement touchée
Si les dirigeants restent évasifs sur la répartition géographique précise des suppressions d’emplois, le Directeur Financier Harold van den Broek a laissé entendre qu’elles concerneraient principalement l’Europe. « Nous constatons la nécessité de vraiment maîtriser les coûts en Europe, car le consommateur reste très sensible aux prix », a-t-il expliqué.
L’intelligence artificielle devrait jouer un rôle dans la centralisation des opérations de back-office, précise van den Broek. Autrement dit, ce qui peut être automatisé le sera. Les coupes toucheront aussi bien les brasseries que les fonctions administratives, « tous les niveaux de l’organisation » selon lui.
Des prévisions revues à la baisse
Pour 2026, Heineken fait également machine arrière sur ses ambitions. Le groupe table désormais sur une croissance de ses bénéfices comprise entre 2% et 6%, contre une fourchette de 4% à 8% prévue pour 2025. « Nous restons prudents dans nos prévisions à court terme concernant les conditions du marché de la bière », a déclaré Dolf van den Brink, le Directeur Général.
Un patron qui, ironie du calendrier, a créé la surprise en janvier en annonçant son départ de la tête de l’entreprise après presque six ans. Lors d’un appel avec les journalistes, il a confié ressentir « des sentiments mitigés » concernant son départ. On le comprend…
Un secteur à la peine
Heineken n’est pas un cas isolé. Carlsberg et d’autres producteurs d’alcool réduisent également leurs effectifs, coupent des coûts et ralentissent la production après des années de ventes stagnantes. La faible confiance des consommateurs, la diminution des dépenses, la hausse des coûts et l’inflation frappent durement l’ensemble du secteur brassicole.
Paradoxalement, mais c’est cela le monde cruel de l’entreprise et de sa finance, le titre Heineken a pris 3,94% à la Bourse d’Amsterdam après l’annonce, montrant que les investisseurs saluent ces mesures d’austérité. Les marchés financiers apprécient la « discipline budgétaire », même quand elle se traduit par des milliers d’emplois supprimés.
Pour les salariés concernés, la facture risque d’être salée. Et contrairement à une bière, ça ne se digère pas facilement.



