Décidément, l’enseigne aux 3 Brasseurs ne finit plus de surprendre. Après quatre médailles au Concours Général Agricole en février, elle remet le couvert avec une récolte record de dix médailles au Concours International de Lyon 2026. De quoi faire taire, définitivement, les sceptiques.

En effet, il fut un temps — pas si lointain — où mentionner 3 Brasseurs dans un cercle de beer geeks suscitait au mieux un sourire poli, au pire un soupir résigné. Trop grand, trop formaté, pas assez artisanal… Le procès en légitimité de l’enseigne a duré des années. Mais les concours, eux, ne mentent pas. Et le Concours International de Lyon 2026 vient d’apporter un verdict sans appel : dix médailles, toutes catégories confondues, pour une enseigne qui semble avoir décidé de transformer l’essai à grande vitesse.

Une double victoire, nationale et locale

Ce qui rend ce palmarès particulièrement savoureux, c’est qu’il reflète deux facettes complémentaires du modèle 3 Brasseurs. D’un côté, les bières nationales — celles que l’on retrouve dans chacune des microbrasseries de l’enseigne — confirment leur niveau avec quatre médailles d’argent : La Blonde en Blond Ale, L’Ambrée en Amber & Red Ale, La Session en Session IPA, et La Griffes en Imperial Stout. Des classiques, certes, mais des classiques bien exécutés, et c’est précisément là que le bât blessait autrefois.

De l’autre côté, et c’est peut-être la partie la plus enthousiasmante du palmarès, les créations locales ont tout simplement brillé. Six médailles supplémentaires, dont deux en or, pour des recettes nées dans des brewpubs régionaux qui ont visiblement pris leur liberté créative très au sérieux.

Les stars locales de l’édition

Les deux médailles d’or vont à des adresses qui méritent le détour. La Belgian Dubbel BA des 3 Brasseurs de Valence s’impose en catégorie Trappist-Style Dubbel — une bière de caractère, vieillie en barrique, qui n’a rien à envier aux références belges du genre. Et à Toulouse Blagnac, la Caraïba décroche elle aussi l’or en catégorie bière spéciale barriquée : un voyage gustatif qui sent bon les Antilles et l’audace brassicole.

Côté argent, la diversité des profils récompensés est frappante. Le Blues de Stout de Pau Lescar s’illustre en Milk Stout, tandis que La Réunion place deux bières au palmarès : la Savanna, un mix bière-rhum-sirop de Galabé aussi original que son nom, et la Saint Pierre, une bière spéciale yuzu et sel qui joue la carte de la finesse. Enfin, Dijon signe une belle Irish Smoke aux accents de whisky et baies de genièvre, récompensée en catégorie Smoke Beer.

La série continue

Ce succès lyonnais ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une dynamique entamée il y a quelques semaines à peine, avec quatre médailles au Concours Général Agricole. Deux grands concours, deux moissons conséquentes : difficile d’y voir une simple coïncidence. On commence à distinguer les contours d’une stratégie qualitative assumée, portée collectivement par l’ensemble du réseau.

Car c’est bien là le message de fond que ces dix médailles envoient : la montée en gamme de 3 Brasseurs n’est pas le fait d’un seul brasseur talentueux planqué dans un coin, mais bien d’une dynamique partagée entre brasseries nationales et créateurs locaux. Le modèle de l’enseigne — standardisation d’un socle de qualité, liberté d’innovation en local — semble avoir trouvé son équilibre.

Alors oui, 3 Brasseurs reste une chaîne. Mais une chaîne qui, à en juger par son palmarès 2026, brasse désormais avec une ambition que beaucoup de brasseries indépendantes lui envieraient. Les beer geeks sont prévenus : il va falloir réviser le jugement.