Il aura fallu près de dix ans de procédure. Mais la petite brasserie grecque qui produit la Vergina vient de décrocher une belle victoire face au deuxième brasseur mondial. Mercredi 21 octobre, le tribunal d’Amsterdam a condamné Heineken à verser 111,2 millions d’euros à Macedonian Thrace Brewery (MTB), et l’a jugé responsable en tant que maison mère de sa filiale grecque, Athenian Brewery (AB).
Comment on arrive à 111,2 millions rd’euros
La somme se décompose en deux parties. Le tribunal a estimé que MTB avait perdu 43,3 millions d’euros de bénéfices sur 16 ans, auxquels s’ajoutent 67,9 millions d’euros d’intérêts, calculés depuis 1998, date du début des abus. Le tribunal y ajoute 800 000 € de frais d’expertise et 41 000 € de dépens.
Les pratiques reprochées à Athenian Brewery
Tout part d’une décision de l’autorité grecque de la concurrence. En décembre 2015, elle a conclu qu’AB avait abusé de sa position dominante pendant au moins 16 ans pour écarter des rivaux comme MTB, ce qui avait valu à la filiale une amende record. Selon l’autorité, AB, qui commercialise Alfa, Amstel et Heineken en Grèce, avait mis en place une politique ciblée pour exclure ses concurrents de tous les circuits : grossistes, CHR et commerces de détail. Les sanctions grecques ont été confirmées en appel, mais MTB a voulu aller plus loin et obtenir réparation devant la justice néerlandaise.
Pourquoi Heineken est dans le viseur
Pendant longtemps, le brasseur néerlandais a plaidé que les agissements de sa filiale grecque ne le concernaient pas. En février 2025, la Cour de justice de l’Union européenne a tranché : Heineken et AB, détenue à 98,8 %, forment une seule entité économique. Autrement dit, la maison mère répond des pratiques de sa filiale, et les tribunaux néerlandais étaient bien compétents pour juger l’affaire.
Heineken fait appel
Sans surprise, le groupe ne compte pas en rester là. Il a annoncé qu’il ferait appel, tout en disant respecter la procédure, et reproche au calcul des dommages de s’appuyer en partie sur des hypothèses concernant le chiffre d’affaires, les prix et la rentabilité de MTB. Autre point à noter : le montant réclamé était supérieur. MTB demandait plus de 180 millions d’euros.
Qui est MTB, la brasserie derrière la Vergina ?
MTB a été fondée en 1996 à Komotini, dans le nord de la Grèce. Elle se présente comme la première brasserie à capitaux grecs à avoir lancé une bière sous étiquette grecque à l’époque moderne, sur un marché tenu par des brasseurs étrangers depuis le XIXᵉ siècle. Sa gamme Vergina compte une lager, une rousse, une blanche, une noire et une version sans alcool. Elle reste de taille modeste : son chiffre d’affaires était d’environ 24 millions d’euros en 2018. Le contraste avec le géant néerlandais est saisissant.
Un précédent pour la suite en faveur de Carlsberg ?
L’affaire pourrait faire jurisprudence. Carlsberg, via sa brasserie Olympic, réclame à Heineken plus de 300 millions d’euros dans une action quasi identique, également liée aux pratiques sur le marché grec. Une chose est sûre : à Amsterdam, un petit brasseur indépendant a obtenu gain de cause contre un des plus grands noms de l’industrie. La suite se jouera en appel.
