Les lauréats de la 5ème édition du  concours brassicole de Montpellier révèlent la diversité de la production bio, mais le segment peine à décoller sur le salon montpelliérain.

Les résultats du Challenge Millésime Bio 2026 sont tombés mi-janvier, et comme chaque année depuis 2022, la bière bio a eu son moment de gloire à Montpellier. Mais derrière les médailles et les discours enthousiastes, une réalité s’impose : le volet brassicole du concours stagne, loin de la dynamique espérée par les organisateurs.

Un podium qui valorise l’artisanat français

Cette année, le palmarès compte 46 médailles réparties entre 7 médailles d’or, 18 médailles d’argent et 21 médailles de bronze. Les brasseries françaises trustent largement les récompenses, avec quelques incursions belges qui rappellent le savoir-faire historique de nos voisins.

Côté lauréats, plusieurs brasseries se distinguent particulièrement. Le Père L’Amer (Thiviers, 24) rafle trois médailles dont deux en or, s’imposant comme la grande gagnante de cette édition avec son approche audacieuse des fermentations lactiques et spontanées. La brasserie décroche l’or pour son Akapella aux fleurs de sureau et sa bière brune « 200 », tout en plaçant une troisième référence médaillée d’argent avec son Eau de Nuage #5, une bière sans alcool.

Brasserie Delabonne (Gellainville, 28) n’est pas en reste avec quatre médailles d’argent qui témoignent de la maîtrise technique de cette maison : Triple Bio, Fruits Rouges Bio, et une Bière de Récolte qui figure également dans la catégorie spéciale « Ingrédients 100% Français Bio ».

La Brasserie du Grillen (Colmar, 68) se distingue avec trois médailles (une d’or et deux d’argent) sur des créations houblonnées qui montrent que le bio n’est pas incompatible avec les profils aromatiques recherchés par les amateurs d’IPA.

Du côté des médailles d’or, on note également la performance  de Pique-Prune (Jupilles, 72) pour son ambrée, de Sans Détour (Écolience, Poitou-Charentes) avec sa blanche et de la brasserie belge Production de Bières (Brasserie Dupont) avec sa Saison Bio. Côté belge justement, DrinkDrink! (Bruxelles) tire son épingle du jeu avec une médaille d’or pour sa Trottinette, une IPA sans alcool, et une médaille d’argent pour sa Bicyclette Pale Ale.

Le label « 100% Français » : un petit pas vers la relocalisation

Introduit en 2025, le Prix Spécial « Ingrédients BIO 100% Français » constitue une vraie spécificité du concours. Cette année, sept bières ont été distinguées dans cette catégorie, parmi lesquelles on retrouve Brasserie Delabonne, Brasserie La Matcé, Ferme-Brasserie Drao, Pique-Prune ou encore la Brasserie Artisanale du Roussillon.

Cette initiative vise à encourager le développement des filières françaises de houblon et de malt, encore balbutiantes face à la concurrence allemande et tchèque. Un objectif louable qui peine toutefois à se traduire en volumes significatifs : seules sept brasseries sur les 150 participants utilisent exclusivement des ingrédients français bio.

Un concours qui marque le pas

C’est là que le bât blesse. Depuis son lancement en 2022, le concours bière du Challenge Millésime Bio affiche une croissance… anémique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 2023 : 109 bières en compétition, 30 médailles décernées
  • 2024 : environ 150 bières, 42 médailles
  • 2025 : 152 bières, 48 médailles
  • 2026 : environ 150 bières, 46 médailles

La stagnation est manifeste. Quatre ans après son lancement, le concours plafonne autour de 150 références, bien loin des 1 700 à 2 000 vins qui participent chaque année. Plus révélateur encore : le nombre de médailles attribuées en 2026 (46) est en légère baisse par rapport à 2025 (48).

Un espace Beer&Bio qui peine à convaincre

Sur le salon Millésime Bio lui-même, qui se tient parallèlement au concours (cette année du 26 au 28 janvier au Parc des Expositions de Montpellier), la situation n’est guère plus réjouissante. Certes, les organisateurs mettent en avant « quatre univers dédiés 100% bio : Beer&Bio – Cider&Bio – Spirit&Bio – NoLow&Bio », mais la réalité du terrain est plus nuancée.

En 2024, selon les informations disponibles, une trentaine de brasseries seulement étaient présentes parmi les 1 500 exposants du salon. Un chiffre dérisoire qui représente à peine 2% des exposants, alors que le salon attire pourtant plus de 10 000 visiteurs professionnels (cavistes, restaurateurs, distributeurs).

Pour 2026, malgré les annonces enthousiastes, rien n’indique une progression significative. L’espace Beer&Bio existe bel et bien, mais il reste marginal dans un événement massivement orienté vers le vin. Difficile de parler de « montée en puissance » quand les brasseries bio peinent à dépasser la barre symbolique des 30 exposants.

Les raisons d’un essoufflement

Plusieurs facteurs expliquent cette difficulté à décoller. D’abord, le coût de la certification bio reste un frein pour de nombreuses petites brasseries artisanales. Ensuite, la filière française de houblon et de malt bio est encore embryonnaire, obligeant les brasseurs à s’approvisionner à l’étranger, ce qui alourdit les coûts et complique la logistique.

Mais il y a aussi une question de positionnement. Millésime Bio reste avant tout un salon viticole dans l’ADN. Les acheteurs qui s’y rendent viennent chercher du vin, pas nécessairement de la bière. Et les brasseurs, de leur côté, disposent d’événements plus spécialisés (Beer Brussels, Paris Beer Week, etc.) où ils peuvent toucher directement leur cible.

Enfin, il faut bien le dire : le marché de la bière bio reste un marché de niche. Si la consommation de vin bio représente environ 15% du marché total du vin en France, la bière bio peine à dépasser les 2 à 3%. Un écart qui se reflète mécaniquement dans la participation aux concours et salons.

Et maintenant ?

Malgré ces difficultés, le Challenge Millésime Bio conserve des atouts. La qualité de l’organisation est reconnue, avec des conditions de dégustation professionnelles et un jury d’experts piloté par Elisabeth Pierre, figure respectée de la zythologie française. Les médaillés bénéficient aussi d’une belle visibilité sur le « Bar Challenge » installé en plein cœur du salon, où ils peuvent être dégustés par des milliers d’acheteurs professionnels.

Les organisateurs de Sudvinbio semblent conscients des enjeux. L’introduction du Prix « Ingrédients 100% Français » en 2025 témoigne d’une volonté de structurer la filière. Mais il faudra sans doute plus que des initiatives symboliques pour inverser la tendance.

La question reste posée : le Challenge Millésime Bio peut-il devenir un rendez-vous incontournable pour la bière bio, ou restera-t-il un événement satellite d’un grand salon viticole ? La réponse se dessine peut-être déjà dans les chiffres : après quatre éditions, le concours bière n’a toujours pas trouvé son rythme de croisière. Entre espoirs déçus et satisfecit de façade, la bière bio cherche encore sa place à Montpellier.

Le palmarès complet du Challenge Millésime Bio 2026 pour les bières est disponible sur le site du concours.